Quentin commence par désamorcer l'idée que ce serait une anomalie à réparer. Les deux mondes ont deux priorités différentes, et cette différence « n'est pas un problème à corriger ».
Si je prends vraiment l'aspect conformité, nous, IT, c'est confidentialité, intégrité des systèmes. Côté OT, c'est disponibilité, fiabilité. On ne peut pas couper une chaîne de production en disant « moi je mets à jour le serveur, cinq minutes ».
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Une fracture historique
Il décrit deux métiers longtemps séparés jusque dans les intitulés. Des RSSI orientés exploitation d'un côté, orientés informatique de l'autre. L'un impose des règles, l'autre répond qu'il a une chaîne à faire tourner.
Sa conclusion n'est pas technique. Ce qui doit converger, c'est « une position de base d'humilité » et « une architecture négociée avec le terrain ».
Le vrai désaccord
Je leur demande à quoi ressemblent les dix prochaines années. Et là ils divergent nettement. Pour Anthony, la séparation ne tiendra pas, pour une raison matérielle : faire de l'IA sur des données de production implique que ces données sortent de l'atelier.
La frontière va disparaître, qu'on le veuille ou non. Dans dix ans, la pénurie ne serait pas au niveau des experts IA. Ce serait plutôt au niveau des gens capables de parler aux deux mondes, IT et OT. Parce qu'aujourd'hui, on ne les forme nulle part.
Ces profils ne sortent pas d'école. Ils se fabriquent en interne : un automaticien envoyé chez l'informatique, ou un informaticien six mois en production. Les usines ont tout intérêt à les former, dit-il, pour diriger au lieu de subir.
Quentin n'est pas d'accord. Et il le dit.
Je ne serais pas forcément du même avis qu'Anthony. Pour moi, IT et OT, ça reste deux mondes différents. Cette fusion-là se fera un jour, oui, mais pas aujourd'hui, pas en 2026.
Il admet un maillage progressif. Des gens qui basculent d'un monde à l'autre, des méthodologies qui s'empruntent. Mais pas une fusion des profils. Et son observation vient du terrain : parmi les RSSI côté exploitation qu'il côtoie, certains viennent de l'informatique, d'autres de l'exploitation, et leurs méthodologies restent distinctes.
Sur ce chiffre, Anthony voit dans l'IA le point de rassemblement possible. Pas une réconciliation. Une case par laquelle les deux mondes devront passer, et qui les obligera à se comprendre.