Épisode 01 · Métiers

La peur du remplacement, vue de l'atelier et du bureau

Je pose la question telle qu'elle se pose en atelier : est-ce que les opérateurs ont peur que cette technologie les remplace ? Anthony Lubaki répond depuis la ligne de production, Quentin Cozette depuis les équipes administratives. Leurs deux réponses se complètent mieux que prévu.

Anthony commence par désigner un coupable inattendu.

La vidéo de l'épisode est sur YouTube, au passage cité.

Le cinéma, et ce qu'il a laissé dans les têtes

Les films aussi, ça n'a pas aidé. Quand on regarde des Terminator ou des choses comme ça, on a souvent tendance à penser que les machines vont remplacer les humains. Non, en fait, il faut pas oublier qu'aujourd'hui on peut couper la machine.

Anthony Lubaki écouter à 46:12

La plaisanterie sur Terminator revient dans presque toutes les réunions où l'on parle d'IA en usine. Elle est devenue une politesse, et elle occupe la place d'une inquiétude bien plus concrète : qui décide, et que se passe-t-il le jour où l'outil se trompe.

Anthony déplace la comparaison vers un objet que personne ne craint plus.

La calculatrice fait aussi des calculs plus rapides que les humains. C'est l'humain qui utilise cet outil-là. Ce n'est pas l'outil qui utilise l'humain.

Anthony Lubaki écouter à 46:41

La même peur, à six cents kilomètres de Paris

Quentin Cozette, lui, voit la question arriver par les services administratifs, dans des entreprises de 20 à 200 personnes. Et il ajoute une variable que je n'attendais pas : la géographie.

Cette crainte est d'autant plus poussée dans la fracture numérique. Le nombre de collaborateurs qui ont peur de se faire remplacer par l'IA est beaucoup plus fort qu'on peut le penser dans les grandes métropoles.

Quentin Cozette écouter à 47:20

Donc son travail commence avant l'outil. Il commence par une phrase qu'il répète, et qu'il juge plus importante que la démonstration technique.

Ce qu'il faut faire comprendre aux collaborateurs, et ça pour moi c'est plus important, c'est que l'IA ne les remplacera pas.

Quentin Cozette écouter à 47:50

Dix factures par jour, ou cent

Il donne ensuite le seul argument qui tienne devant une équipe inquiète : un chiffre sur le volume, pas une promesse sur l'emploi.

On va leur permettre de facturer beaucoup plus rapidement, d'avoir un volume beaucoup plus important, et à la place de faire peut-être une dizaine de factures par jour, ils en feront peut-être une centaine.

Quentin Cozette écouter à 48:19

Mais il ne s'arrête pas au volume, et c'est ce qui sauve l'argument. Ce qui reste au collaborateur, c'est le droit d'arrêter : le doute, la vérification, le refus d'envoyer. La même ligne que celle qu'Anthony trace en atelier, posée cette fois sur une chaîne de facturation.

La question revient à chaque épisode. Les deux invités arrivent donc au même endroit par deux portes opposées. L'un parle d'une machine qu'on peut couper, l'autre d'une facture qu'on peut retenir. Dans les deux cas, la peur ne tombe pas parce qu'on a expliqué la technologie — elle tombe quand on a écrit qui garde la main.