Anthony Lubaki a passé vingt ans dans l'industrie avant de fonder Balkira. Quentin Cozette est responsable gouvernance, risque et conformité chez un éditeur de facturation électronique. Sur cette question ils s'opposent pour de vrai. Mais pas là où je l'attendais.
La vidéo de cet épisode n'est pas encore publiée. Écouter le passage en attendant.
Quentin tranche pour l'exploitation
Il commence par refuser ma question. C'est pas un vainqueur à désigner, c'est un compromis à trouver. Puis il tranche quand même.
Je pense que c'est avant tout l'OT finalement qui pour moi doit prendre la décision de à partir de quel moment on arrête. Plutôt que l'IT. Je ne pense pas que ce soit l'IT qui doit prendre cette décision-là.
Ce qu'il reproche à l'IT, c'est de décider d'en haut, sans voir la ligne. Côté terrain, l'exploitation connaît ses automates, son schéma de redémarrage, le temps que coûte un arrêt. Côté conformité, sa règle tient en deux temps : on coupe, on informe après.
Anthony refuse la question
Lui est d'accord sur certains points, pas sur tous. Dans l'instant, me dit-il, les deux ont raison. Et c'est justement le problème.
On ne peut pas prendre ces décisions comme ça à chaud, dans l'instant, parce que si vous le faites, vous êtes déjà perdu. Donc une usine, en fait, elle sait ça depuis toujours. Je n'invente rien.
Puis il sort la phrase qui déplace tout le débat.
Personne ne va débattre sur celui qui va appuyer sur le bouton d'arrêt d'urgence. C'est un scénario, c'est écrit, c'est affiché, c'est répété. Mais par rapport à l'IA, c'est juste qu'on n'a pas écrit encore la règle. C'est ça la différence.
Une usine sait écrire ça depuis cent ans. L'arrêt d'urgence est affiché au mur, repris en formation, normé par l'ISO 13850. Pour l'IA, rien.
Il détaille ensuite sa méthode dans l'entretien : trois questions, posées à froid, avant la mise en production.
Quentin attaque cette idée
Il prend un emballement sur une chaîne. On ne peut pas attendre de savoir qui parle le plus fort. Et le directeur des opérations, bien souvent, n'est pas d'astreinte.
Son argument est matériel. Une machine abîmée, c'est plusieurs mois d'arrêt. Entre deux risques, on coupe.
C'est là qu'ils se rejoignent.
Ce qui est important pour moi, ça va être la gouvernance, c'est d'écrire la règle. Parce que si la règle dit que l'OT doit couper, à ce moment-là ce sera appliqué. Mais c'est quelque chose qu'il faut définir en amont, avant qu'on puisse installer.
Donc le désaccord ne portait pas sur qui décide. Les deux vont vers l'exploitation. Il portait sur quand.
Quentin veut une autorité déléguée capable de trancher dans la seconde. Anthony veut que plus personne n'ait à trancher, parce que tout aura été écrit avant. Et dans les deux cas, aujourd'hui, la règle n'est pas écrite.